Quand recruter son premier RH ? Les signes qui comptent plus que l’effectif

En tant que fondateur, vous lisez encore chaque CV, répondez à chaque question sur les congés et signez chaque contrat. L’entreprise a dépassé les quarante personnes et quelqu’un vous dit lors d’un dîner qu’il est « temps de recruter un RH ». C’est peut-être vrai. Mais le bon moment pour ce recrutement ne se fixe pas à un effectif, et le premier RH que vous recrutez ne sera utile qu’à la mesure du poste que vous lui confiez.

Par Maxime Ripert, Kynto9 min de lecture
Illustration de dossiers transmis du bureau d’un fondateur vers une seconde chaise, à côté d’un organigramme qui grandit, pour illustrer le moment de recruter son premier RH

La plupart des fondateurs ne décident pas de recruter leur premier RH. Ils y arrivent, en général après un mauvais mois : trois recrutements en parallèle, une démission, une question de l’expert-comptable sur un seuil. Le recrutement se fait alors dans l’urgence, pour un poste que personne n’a défini. Ce guide s’adresse aux fondateurs sans équipe RH. Il présente les signes qui comptent plus que l’effectif, le profil à recruter en premier, et ce qu’il faut préparer pour que la personne recrutée consacre son temps aux équipes plutôt qu’au rangement.

Pourquoi l’effectif est un mauvais déclencheur

L’effectif est le chiffre que tout le monde cite, parce qu’il est facile à mesurer. Certains guides donnent des repères : un guide de la CCI Lyon Métropole sur les RH en startup en hypercroissance suggère un premier responsable RH généraliste autour de 30 salariés et une personne dédiée au recrutement vers 50. Ce sont des ordres de grandeur utiles, pas des règles.

Le droit français ajoute ses propres étapes. Selon le guide des Éditions Tissot sur les seuils d’effectifs, atteindre 11 salariés impose l’élection d’un comité social et économique (CSE), et 50 salariés renforce ses prérogatives et rend le règlement intérieur obligatoire. Les règles de décompte et les délais varient selon l’obligation : vérifiez les dates exactes avec votre expert-comptable ou votre avocat en droit social.

La limite des deux approches est la même. Deux entreprises de 45 personnes peuvent avoir des besoins très différents. L’une recrute deux fois par an et confie la paie à un cabinet comptable ; l’autre prévoit dix recrutements et a des managers qui n’ont jamais fait passer d’entretien. La bonne question n’est pas « combien sommes-nous ? » mais « qu’est-ce que je fais que personne d’autre ne fait, et combien cela coûte-t-il ? ».

Cinq signes qu’il est temps

  • Le recrutement occupe une part fixe de votre semaine. Pas une semaine chargée de temps en temps, mais chaque semaine : tri, planification, entretiens, offres. Quand le recrutement est permanent, il lui faut un responsable.
  • Vous répondez aux mêmes questions chaque semaine. Soldes de congés, arrêts maladie, télétravail, mutuelle. Chaque réponse prend cinq minutes ; mises bout à bout, elles morcellent vos journées.
  • Les managers viennent vous voir pour chaque décision humaine. Une révision de salaire, une conversation difficile, une fin de période d’essai. Si aucune décision n’avance sans vous, c’est vous le goulet d’étranglement.
  • Un seuil approche. L’approche des 50 salariés entraîne des obligations que quelqu’un doit préparer puis faire vivre dans la durée.
  • Les nouvelles recrues arrivent dans l’improvisation. Pas de matériel prêt, pas de plan pour les premières semaines, un manager qui découvre la date d’arrivée la veille. C’est souvent le premier signe que les sujets humains ont dépassé l’agenda du fondateur.

Un signe isolé se règle avec une meilleure habitude. Trois signes ou plus en même temps indiquent en général que l’entreprise a besoin de quelqu’un dont le métier est l’humain, pas d’un fondateur qui le cale entre clients et investisseurs.

Un cas concret : 45 personnes, un fondateur

Prenons une entreprise fictive de 45 salariés avec sept recrutements prévus sur les douze prochains mois. Le fondateur note son temps pendant deux semaines et compte environ six heures par semaine sur le recrutement et quatre heures sur l’administration RH.

TâcheHeures par semaineQui pourrait la prendre
Lire les candidatures et présélectionner2,5Un outil d’abord, puis un RH
Planifier les entretiens avec les managers1,5Un outil
Entretiens et débriefs2Fondateur et managers, préparés par le RH
Congés, contrats, papiers d’intégration2,5Un RH ou un cabinet externe
Questions et conflits de l’équipe1,5Un RH

Dix heures par semaine sur 45 semaines travaillées, cela fait environ 450 heures par an, soit à peu près un quart de temps plein, assuré par la personne dont le temps est le plus rare dans l’entreprise. Le tableau montre autre chose : toutes les lignes n’appellent pas un recrutement. La présélection et la planification sont un travail répétitif qui peut sortir de l’agenda du fondateur sans personne de nouveau. Les questions de l’équipe et l’accompagnement des managers, non. Cette seconde moitié est la vraie fiche de poste du premier RH.

Généraliste, recruteur ou RH à temps partagé : quel profil en premier

« Un RH » recouvre des métiers très différents. Le bon premier profil dépend de l’endroit où se trouve vraiment la charge.

Votre situationPremier profilPourquoi
Croissance régulière, peu de recrutements, beaucoup de questions de l’équipeRH généralisteLa charge est dans les sujets humains du quotidien, les règles et les managers
Dix recrutements ou plus par an, postes difficiles à pourvoirRecruteur ou chargé d’acquisition de talentsLa charge est dans le pipeline de recrutement lui-même
Moins de 30 personnes, budget pas encore làRH à temps partiel ou à temps partagéQuelques jours par mois couvrent les bases légales et les règles internes

La plupart des entreprises de 40 à 60 personnes commencent par un généraliste, parce que les questions de l’équipe ne s’arrêtent jamais, alors que le recrutement arrive par vagues. Si vous choisissez un généraliste, soyez honnête en entretien sur la part du recrutement dans le poste. Un généraliste qui découvre à son arrivée que 70 % du travail consiste à trier des CV reste rarement longtemps.

Le piège de l’administratif

Les fondateurs recrutent souvent leur premier RH pour se débarrasser de l’administratif. Le risque est que l’administratif soit tout ce qu’il ait le temps de faire. Dans le baromètre 2025 « RH au quotidien » des Éditions Tissot et de PayFit, 60 % des RH déclarent passer au moins la moitié de leur temps de travail sur des tâches administratives, et 57 % citent un manque de temps et de moyens.

Ce chiffre ne dit rien de la qualité du travail des équipes RH. Il parle des outils et des process qu’on leur confie. Un premier RH qui hérite d’une boîte mail partagée, d’un tableur de candidats et de contrats rangés à trois endroits passera ses premiers mois à reconstruire l’existant, pas à accompagner les managers. La valeur pour laquelle vous l’avez recruté, les conversations, l’intégration, le conseil sur une décision difficile, attend derrière la paperasse.

Ce qu’il faut préparer avant son arrivée

Quelques heures de préparation décident de la vitesse à laquelle votre premier RH devient utile.

  • Une liste écrite de ce que vous transmettez. Les sujets dont il est responsable, ceux qu’il partage avec vous, et ceux qui restent chez vous, comme les recrutements de dirigeants ou les budgets salariaux.
  • Les documents au même endroit. Contrats, convention collective applicable, contrat de mutuelle, contacts du prestataire de paie.
  • Les postes ouverts dans un seul pipeline. Chaque candidat, son étape et les notes d’entretien, plutôt que des fils de discussion dans votre boîte mail que vous seul pouvez lire.
  • Une présentation aux managers. Dites à l’équipe ce dont la nouvelle personne est responsable, pour que les questions lui arrivent dès la première semaine au lieu de continuer à vous parvenir.

Recruter le RH est en soi un recrutement dans un domaine que vous ne maîtrisez peut-être pas. Notre guide pour recruter hors de son domaine d’expertise explique comment évaluer un candidat quand vous ne pouvez pas juger le métier vous-même, et l’article sur la rédaction d’une première fiche de poste par un fondateur vous aide à transformer la liste ci-dessus en un cahier des charges clair.

Tenir le recrutement jusqu’à son arrivée

Entre le moment où vous voyez les signes et le jour où votre RH commence, il s’écoule souvent trois à six mois : la décision, le recrutement, un préavis. Le recrutement ne s’arrête pas pendant ce temps, et c’est la partie de la charge que vous pouvez alléger le plus vite.

  • Sans aucun outil, les candidatures restent dans votre boîte mail, les entretiens se calent par e-mail et l’historique de chaque candidat est dans votre mémoire. C’est exactement ce que votre futur RH devra reconstituer.
  • Avec un ATS acheté trop tôt, le risque est inverse : un outil configuré pour une équipe de recrutement qui n’existe pas encore, que les managers n’ouvrent pas et que vous finissez par contourner.

Ce qui aide pendant cette période, c’est un seul endroit qui prend en charge la partie répétitive : trier les candidatures selon vos critères, proposer des créneaux d’entretien, garder les notes de chaque étape. Kynto regroupe ces tâches dans un seul assistant, pour que le fondateur garde les décisions et le contact humain, et que le premier RH arrive face à un pipeline déjà lisible. Vous pouvez voir comment cela fonctionne pour les fondateurs qui recrutent sans équipe RH. Si vous êtes plus tôt dans le parcours, notre article sur le moment de structurer son recrutement dans une équipe qui grandit couvre l’étape d’avant.

À retenir

  • L’effectif donne des ordres de grandeur. Le vrai déclencheur est la charge que vous portez seul, mesurée sur quelques semaines.
  • Découpez cette charge : les tâches répétitives du recrutement peuvent être prises par un outil, les questions de l’équipe et l’accompagnement des managers demandent une personne.
  • Choisissez le premier profil selon l’endroit où se trouve la charge, et préparez les documents, le pipeline et la passation avant son arrivée.

FAQ

Mon premier RH doit-il être junior ou senior ?

Un premier RH travaille sans équipe auprès de qui apprendre, et les managers le testeront sur des cas difficiles dès le premier mois. Cela plaide pour quelqu’un qui a quelques années d’expérience sur plusieurs sujets RH. Un profil junior peut fonctionner si vous avez déjà un cabinet externe ou un consultant RH à temps partagé pour l’épauler.

Un cabinet comptable peut-il remplacer un premier RH ?

Il peut couvrir la paie, les contrats et le calendrier légal, ce qui retire une grande partie de l’administratif. Il ne couvre pas ce qui se passe dans l’équipe : l’intégration, l’accompagnement des managers, la conversation avant une démission. Beaucoup d’entreprises gardent le cabinet pour la paie après avoir recruté leur premier RH.

Comment savoir si le recrutement du RH fonctionne au bout de six mois ?

Regardez d’abord votre propre agenda : les heures notées avant le recrutement doivent avoir baissé. Demandez ensuite aux managers s’ils obtiennent des réponses plus vite, et vérifiez si les nouvelles recrues commencent désormais avec un plan. Si la personne est encore noyée sous la paperasse, le problème vient en général des outils et du périmètre que vous lui avez donnés, pas de la personne.

Recruter un premier RH, c’est moins atteindre un chiffre que décider quelle partie de votre semaine doit appartenir à quelqu’un d’autre. Mesurez cette partie, retirez-en les tâches répétitives, et recrutez pour ce qui reste : le côté humain d’une équipe qui grandit.

Votre premier RH est aussi un recrutement dans un domaine que vous connaissez peut-être mal. Découvrez comment les fondateurs évaluent des candidats hors de leur propre expertise.

Lire le guide pour recruter hors de son domaine d’expertise