Recruter un alternant quand on est fondateur ? Ce que ça coûte vraiment au-delà du salaire
Vous avez besoin de renfort, le budget est serré, et une école vous envoie régulièrement des CV d’étudiants motivés. Un alternant ressemble au recrutement le moins cher que vous puissiez faire : un salaire réduit, une aide de l’État, et quelqu’un qui apprend votre façon de travailler dès le premier jour. Le salaire est la petite partie de la facture. La grande partie, c’est le temps que quelqu’un dans votre entreprise doit donner, chaque semaine, pendant un ou deux ans.

Ce guide s’adresse aux fondateurs qui dirigent une entreprise sans équipe RH dédiée et qui envisagent de recruter un alternant, soit comme l’un de leurs premiers recrutements, soit pour renforcer une équipe qui grandit. En France, le contrat d’apprentissage alterne travail dans votre entreprise et temps en centre de formation, pour un cursus qui dure généralement d’un à trois ans. Ce peut être un excellent recrutement. C’est rarement le recrutement facile qu’il paraît sur le papier, et les changements de l’aide à l’embauche en 2026 justifient de refaire le calcul avant de signer.
Pourquoi un alternant semble être le recrutement facile
Trois éléments rendent le recrutement d’un alternant plus léger, en apparence, que celui d’un salarié expérimenté.
- Le salaire est un pourcentage du SMIC. La rémunération dépend de l’âge de l’apprenti et de son année de formation. Selon la grille légale résumée par Lefebvre Dalloz, un apprenti de 21 à 25 ans perçoit au moins 53 % du SMIC la première année et 61 % la deuxième, tandis qu’un apprenti de 26 ans ou plus perçoit au moins 100 %.
- Il existe une aide à l’embauche. Pendant des années, la plupart des entreprises pouvaient compter sur plusieurs milliers d’euros la première année du contrat.
- Les candidats viennent à vous. Les étudiants ont besoin d’une entreprise pour commencer leur cursus, et les centres de formation transmettent des candidatures. Pour un fondateur habitué à courir après les candidats, on a l’impression que le plus dur est fait.
Chacun de ces points est vrai. Aucun ne couvre ce que ce recrutement vous demande une fois le contrat signé.
Ce qui a changé en 2026 : une aide plus étroite
Selon la page de France Travail consacrée à l’aide à l’apprentissage, depuis le 1er janvier 2026, l’aide est réservée aux entreprises de moins de 250 salariés. Son montant de 5 000 euros s’applique aux apprentis qui préparent un diplôme ou un titre professionnel de niveau 3 ou 4, soit à peu près du CAP jusqu’au baccalauréat. Lorsque l’apprenti est en situation de handicap, l’aide est de 6 000 euros, quelle que soit la taille de l’entreprise.
Pour un fondateur, la conséquence pratique est simple. Beaucoup des alternants qui postulent dans les petites entreprises, en marketing, en commerce, en finance ou en développement logiciel, préparent une licence ou un master. Sur la page citée plus haut, ces niveaux ne sont plus couverts par l’aide de 5 000 euros. Les règles ont aussi bougé plusieurs fois au cours de l’année : vérifiez les conditions en vigueur à votre date de signature auprès de France Travail ou du centre de formation avant d’intégrer l’aide à votre budget.
Si vous aviez construit votre plan sur un coût presque nul la première année, il vaut la peine de refaire le calcul. Ce qui suit compte de toute façon davantage que l’aide.
Le vrai coût, c’est le temps du maître d’apprentissage
Chaque apprenti a besoin d’un tuteur, le maître d’apprentissage. Selon les règles par défaut, résumées ici à partir du Code du travail, le maître d’apprentissage doit soit être titulaire d’un diplôme du même domaine, d’un niveau au moins équivalent, avec une année d’expérience en rapport, soit justifier de deux années d’expérience en rapport avec la qualification préparée. Un maître d’apprentissage peut encadrer au maximum deux apprentis à la fois, plus un troisième qui redouble. Un accord de branche peut fixer des conditions différentes.
Dans une entreprise sans RH, le maître d’apprentissage est souvent le fondateur, ou la seule personne expérimentée de l’équipe que l’alternant va rejoindre. Cette personne a désormais un second travail : expliquer, vérifier, corriger, et rester en lien avec le centre de formation. Trois éléments rendent ce travail plus lourd qu’il n’y paraît.
- L’alternant est absent une partie du temps. Selon le cursus, cela représente quelques jours chaque semaine ou des semaines entières à l’école. Les tâches doivent s’organiser autour de ce rythme, et quelqu’un doit couvrir les absences.
- Les premiers mois sont surtout de la formation. Un étudiant sans expérience professionnelle a besoin d’être guidé sur les outils, les clients et les habitudes de base avant de produire quoi que ce soit en autonomie.
- L’engagement est long. Un contrat d’apprentissage suit en général la durée du cursus. Un master en deux ans, c’est deux ans de tutorat, quoi qu’il arrive à votre feuille de route entre-temps.
Un cas concret : un alternant, une année
Le cas suivant est illustratif : un cas composite, avec des chiffres arrondis et des hypothèses explicites. Le fondateur d’une entreprise de services industriels de 60 personnes, sans équipe RH, veut recruter un alternant en marketing qui prépare un master, sur un rythme de trois semaines en entreprise et une semaine à l’école. Le fondateur sera le maître d’apprentissage.
| Poste | Ce que le fondateur attendait | À quoi ressemble la première année |
|---|---|---|
| Aide à l’embauche | 5 000 euros la première année | Non couverte au niveau master selon les règles 2026 citées plus haut |
| Temps en entreprise | Un membre de l’équipe à plein temps | Environ trois semaines sur quatre, soit à peu près 34 semaines dans l’année |
| Tutorat | Un point rapide de temps en temps | Hypothèse : 3 heures par semaine pendant les 12 premières semaines en entreprise, puis 1,5 heure, soit environ 70 heures au total |
| Recrutement | L’école envoie les candidats | Hypothèse : 10 à 15 heures de lecture de CV, d’entretiens et de démarches avec le centre de formation |
Quatre-vingts heures environ de temps du fondateur la première année, cela représente deux semaines de travail complètes. Ce peut être un très bon investissement si l’alternant décharge réellement l’équipe dès la seconde moitié de l’année. C’en est un mauvais si les heures de tutorat finissent coincées entre deux rendez-vous clients, car l’alternant passe alors l’année à attendre des consignes.
Trois questions avant d’ouvrir le poste
1. Qui est le maître d’apprentissage, et son temps est-il vraiment libre ?
Nommez la personne et bloquez les heures dans son agenda avant de publier quoi que ce soit. Si le seul maître d’apprentissage possible, c’est vous, et que vos semaines sont déjà pleines, recruter un alternant déplace du travail vers votre bureau au lieu de vous en retirer.
2. Y a-t-il un vrai métier à apprendre pendant les semaines en entreprise ?
Notez trois ou quatre tâches récurrentes dont l’alternant sera responsable au sixième mois. Si la liste est floue, le poste n’est probablement pas prêt. L’exercice est le même que pour tout premier recrutement, et le guide pour rédiger sa première fiche de poste quand on est fondateur s’applique aussi ici.
3. Embaucheriez-vous cette personne à la fin ?
Le meilleur résultat d’un apprentissage, c’est un salarié formé qui connaît déjà votre entreprise. Si vous savez déjà qu’il n’y aura pas de budget pour ce poste dans deux ans, dites-le aux candidats. Si le vrai besoin est une compétence précise, livrée rapidement, comparez avec les options présentées dans choisir entre un freelance et un salarié pour un premier recrutement.
Recruter un alternant comme un vrai recrutement
Parce que les candidats arrivent facilement, les fondateurs retiennent souvent le premier étudiant motivé qu’ils rencontrent. Un contrat de deux ans mérite le même soin que n’importe quel autre recrutement.
- Évaluez le potentiel, pas l’expérience. La plupart des candidats ont peu de choses à montrer. Interrogez-les sur un projet, un job d’été ou un travail d’école, et sur la façon dont ils ont géré quelque chose qui s’est mal passé.
- Posez les mêmes questions à chaque candidat. Une courte liste de questions et une notation simple rendent les candidats comparables. La méthode est détaillée dans mener son premier entretien de recrutement quand on est fondateur.
- Vérifiez le calendrier tôt. Chaque centre de formation fixe une fenêtre autour du début du cursus pendant laquelle le contrat doit commencer. Demandez-la avant le premier entretien, pas après l’offre.
- Faites participer le maître d’apprentissage au dernier entretien. La relation entre le maître d’apprentissage et l’alternant décide de l’essentiel de l’année. Ils doivent se rencontrer avant toute signature.
L’administratif autour de tout cela est l’endroit où les petites entreprises perdent du temps : des CV qui arrivent par mail de plusieurs écoles, des notes dans un carnet, des créneaux d’entretien négociés un message à la fois. Kynto regroupe ce travail au même endroit, avec le tri de CV automatisé, une note pour chaque candidat tout au long du process, la planification des entretiens et des fiches de poste générées en un clic, pour que les heures gagnées aillent au tutorat. La page dédiée aux fondateurs qui recrutent sans équipe RH montre comment cela s’adapte à une entreprise comme la vôtre.
À retenir
- Recruter un alternant coûte moins cher en salaire qu’un recrutement expérimenté, mais beaucoup plus en temps de tutorat que ce que la plupart des fondateurs prévoient.
- Depuis janvier 2026, l’aide de 5 000 euros est réservée aux entreprises de moins de 250 salariés et, selon France Travail, aux diplômes de niveau 3 ou 4. Vérifiez les règles à votre date de signature.
- Nommez le maître d’apprentissage et bloquez ses heures avant d’ouvrir le poste, et listez les tâches dont l’alternant sera responsable au sixième mois.
- Recrutez avec les mêmes questions et la même notation pour chaque candidat, et assurez-vous que le maître d’apprentissage rencontre le candidat final.
FAQ
Puis-je être moi-même le maître d’apprentissage en tant que fondateur ?
Oui, à condition de remplir les mêmes conditions de diplôme ou d’expérience que n’importe quel maître d’apprentissage. La question la plus difficile est pratique : serez-vous disponible pendant les semaines où l’alternant est en entreprise ? Sinon, choisissez un membre expérimenté de l’équipe et donnez-lui le temps de le faire.
Existe-t-il encore une aide pour un alternant qui prépare un master ?
Selon France Travail, l’aide de 5 000 euros en vigueur depuis janvier 2026 couvre les diplômes de niveau 3 ou 4 : un master n’est donc pas couvert par celle-ci. Les règles ont changé au cours de l’année, alors demandez à France Travail ou au centre de formation quelles mesures s’appliquent à votre date de signature.
Que se passe-t-il si j’embauche l’alternant à la fin du contrat ?
Vous pouvez lui proposer un CDI, et vous savez déjà comment la personne travaille. En France, la durée de l’apprentissage est en général prise en compte dans l’ancienneté et, sauf disposition contraire de votre convention collective, aucune nouvelle période d’essai ne peut être imposée. L’évaluation doit donc se faire pendant l’apprentissage, un point développé dans pourquoi la période d’essai n’est pas un filet de sécurité.
Recruter un alternant est l’une des meilleures façons de faire grandir une petite équipe, à condition de le traiter comme un vrai recrutement, avec un vrai maître d’apprentissage. Comptez les heures avant les euros, décidez qui va transmettre, et recrutez avec le même soin que pour n’importe quel autre poste : la deuxième année rembourse alors la première.
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